Introduction
Le marché du bricolage-jardinage grand public a connu une croissance soutenue depuis 2020, portée par l’engouement pour l’aménagement extérieur. Avec le covid, les Français se sont tournés davantage vers l’extérieur ainsi que le DIY (Do It Yourself) en cherchant par exemple à réaliser soi-même des travaux, retaper un meuble, occuper le jardin via un potager…
En 2025, le marché du bricolage et du jardinage représente plus de 30 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel, dont environ 8 milliards pour le jardin. (source : Le Figaro)
Dans cet article, nous proposons un début d’analyse géomarketing pour un client, certaines données sont donc fictives.
Etude de cas
Un responsable immobilier et expansion souhaite observer le potentiel d’ouverture d’un magasin sur 3 villes du Sud-Est : Les Angles (Gard), Cavaillon (Vaucluse) et Beaucaire (Gard), sans cannibaliser son réseau existant dont 3 points de vente sont situés à proximité ; Pierrelatte (Drôme), Eyguières (Bouches-du-Rhône) et Lunel (Hérault).
En tant qu’experts en stratégie d’implantation, nous voulions identifier lequel prioriser, et pourquoi ?
Contraintes d'un magasin de bricolage-jardinage
- Une grande superficie requise pour le magasin en lui-même, et le parking
- A proximité d’un axe passant : nationale ou départementale, un rond-point…
Ces contraintes rendent le centre-ville inadapté. Les zones industrielles ou commerciales péri-urbaines sont systématiquement privilégiées.
Simulation ouverture : 3 sites à l'étude
La zone d’analyse couvre le couloir Gard-Vaucluse, territoire à forte identité résidentielle et péri-urbaine entre Avignon, Nimes et Arles. Ce secteur présente des conditions particulièrement favorables à l’implantation d’un magasin de bricolage-jardinage : tissu pavillonnaire dominant, part de propriétaires importante, population 30-75 ans bien représentée.
La question n’est donc pas de savoir si le territoire peut supporter ce type d’enseigne mais de prioriser et choisir le bon site.
Un bassin de population structuré pour le bricolage-jardinage
La cible naturelle est constituée des personnes âgées de 30 à 75 ans, propriétaires de maisons individuelles. Ce profil représente 70 à 80 % du chiffre d’affaires d’une enseigne de ce type, selon les données sectorielles. Primo-accédants qui aménagent, quadragénaires qui entretiennent, retraités qui jardinent plusieurs fois par semaine…
Les Angles, Cavaillon, Beaucaire : qui choisir ?
Les trois zones étudiées présentent des profils de marché très contrastés, tant sur le plan géographique, démographique que concurrentiel, ce qui conduit à une hiérarchisation assez nette des opportunités.
1 - Cavaillon se distingue comme le site le plus prometteur.
La ville bénéficie d’un environnement particulièrement favorable à une activité jardinerie : un échangeur autoroutier sur l’A7 à seulement 2,2 km du centre-ville, et une forte identité agricole en tant que premier marché fruitier et maraîcher de France.
Ce terrain favorable se double d’un marché commercial encore sous-exploité : la zone de chalandise rassemble plus de 507 000 personnes dans la tranche cible de 30 à 75 ans, pour seulement 31 équipements concurrents recensés dans un rayon de 25 minutes en voiture, dont 23 jardineries, fleuristes ou animaleries et 8 grandes surfaces de bricolage.
Ce déséquilibre marqué entre une demande potentielle considérable et une offre encore limitée devrait permettre à une nouvelle enseigne de capter une part de marché significative sans affronter une concurrence frontale trop dense.
Le profil d’habitat (61,7 % de maisons, 61 % de propriétaires en résidence principale) reste par ailleurs cohérent avec la clientèle type d’une jardinerie. Accessibilité, vocation agricole et marché sous-équipé convergent donc dans le même sens.
2 - Les Angles constitue la deuxième priorité.
Limitrophe d’Avignon et intégrée à la communauté d’agglomération du Grand Avignon, la commune bénéficie d’une forte densité urbaine, mais celle-ci s’accompagne d’une concurrence commerciale déjà bien installée.
Le potentiel démographique y est quasiment identique à celui de Cavaillon, avec 529 267 personnes dans la cible, mais le contexte concurrentiel est sensiblement plus dense : 149 équipements au total, dont 118 jardineries, fleuristes ou animaleries déjà présents.
Le marché est donc loin d’être vierge, et une nouvelle implantation devrait composer avec une offre solidement ancrée.
Les indicateurs d’habitat (62,8 % de maisons, 62 % de propriétaires) restent toutefois favorables et proches de ceux de Cavaillon, ce qui confirme que le facteur différenciant entre les deux zones tient à la pression concurrentielle, et non au profil de la cible : c’est bien la proximité immédiate avec l’agglomération avignonnaise qui explique cette saturation.
3 - Beaucaire présente la situation la moins favorable des trois.
Située à l’écart des principaux axes autoroutiers (22 km de l’A9, 18 km de l’A54), la commune dessert un marché plus enclavé et local.
Cet enclavement géographique se double d’un déséquilibre de marché défavorable : une population cible nettement plus restreinte, avec 131 003 personnes, soit environ quatre fois moins que sur les deux autres zones, face à une concurrence directe paradoxalement la plus forte des trois sites, avec 150 jardineries, fleuristes et animaleries recensés. Le ratio en résulte est d’environ 870 habitants cibles par concurrent du secteur, contre près de 22 000 à Cavaillon, signe d’un marché probablement saturé.
Le profil d’habitat y est pourtant le plus favorable des trois zones, avec 68,7 % de maisons et 64 % de propriétaires en résidence principale, mais cet atout de fond ne suffit pas à compenser l’enclavement et l’intensité de l’offre déjà en place.
En synthèse
L’ordre de priorité recommandé est Cavaillon, puis Les Angles, puis Beaucaire.
Le facteur géographique vient renforcer cette hiérarchisation plutôt que la contredire : l’accessibilité routière directe et l’ancrage agricole de Cavaillon constituent des atouts supplémentaires, là où Beaucaire cumule enclavement et forte concurrence, et où Les Angles profite d’un bassin urbain dense mais déjà saturé en offre commerciale.
Le critère déterminant reste donc le rapport entre la taille de la population cible et le niveau de concurrence déjà installée, plutôt que la qualité intrinsèque du profil d’habitat, qui demeure globalement homogène et favorable sur les trois sites.
Méthodologie
L’analyse repose sur une approche volontairement simple, construite autour de deux dimensions croisées : la cible et la concurrence, observées sur une même zone d’étude pour les trois communes.
Zone d’étude : Pour chacun des trois sites (Cavaillon, Beaucaire, Les Angles), la zone de chalandise retenue correspond à un rayon de 25 minutes en voiture autour de la commune. Ce périmètre, cohérent avec les habitudes de déplacement pour ce type d’achat, permet de comparer les trois sites sur une base homogène.
Ma cible : La cible correspond à la population âgée de 30 à 70 ans, propriétaire de sa maison. Ce double critère d’âge et de statut d’occupation a été retenu car il correspond au profil type de la clientèle bricolage-jardinerie : un foyer disposant d’un extérieur à entretenir et d’un pouvoir d’achat stabilisé, généralement atteint à partir de la trentaine.
Ma concurrence : La concurrence est définie de manière large, en intégrant l’ensemble des acteurs susceptibles de capter une partie de cette même clientèle : les grandes surfaces de bricolage, les jardineries, les fleuristes et les animaleries.
Cette méthode offre une lecture rapide et comparable du potentiel des trois sites, mais reste volontairement simplifiée : elle ne tient pas compte du positionnement qualitatif des concurrents (taille, gamme, notoriété), du pouvoir d’achat réel de la zone, ni de variables propres au site lui-même (foncier, accessibilité, visibilité). Elle constitue donc un premier filtre de priorisation, à affiner par une étude terrain ou via des données clients, avant toute décision d’implantation définitive.
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