Précarité chez les femmes : le cas des familles monoparentales

Analyse de la précarité chez les femmes à travers le prisme des familles monoparentales. Un rapport thématique interactif sur la ville de Saint-Etienne est disponible dans l’article.
femme s'occupant de son enfant


 

En France, les inégalités économiques entre les femmes et les hommes persistent. Mais pour les mères seules, ces injustices s’accumulent. Alors que la société célèbre la Journée internationale des droits des femmes ce dimanche 8 mars, un constat s’impose : être une femme, mère et seule constitue aujourd’hui l’un des plus grands facteurs de vulnérabilité sociale.

Cet article propose une lecture territoriale de la précarité féminine à travers le prisme des familles monoparentales, en mobilisant les données issues de l’Analyse des Besoins Sociaux (ABS) et les études nationales1.

Pour comprendre ces aspects en cartes, naviguez sur le rapport thématique ci-dessus, réalisé sur la ville de Saint-Etienne.

La monoparentalité, un facteur majeur de précarité et d’inégalités

Pour mieux comprendre, 3 définitions :

  • Co-parentalité : La co‑parentalité désigne la situation dans laquelle deux parents partagent l’ensemble des droits et responsabilités liés à l’enfant, qu’ils vivent ensemble ou séparément.
    ➡️ Sur le plan juridique, la co‑parentalité correspond à l’exercice conjoint de l’autorité parentale tel que défini par le Code civil, notamment l’article 372 : « Les père et mère exercent en commun l’autorité parentale. »
    Même en cas de séparation, l’article 373‑2 du Code civil confirme que chacun des parents doit maintenir des relations avec l’enfant et participer aux décisions essentielles (scolarité, santé, orientation). Les actes importants exigent l’accord des deux parents.
  • Bi-parentalité : les deux parents sont légalement reconnus (mère et père, ou deux parents dans le cadre de l’égalité instaurée depuis 2013 pour les couples de même sexe).
  • Monoparentalité : La monoparentalité désigne une situation dans laquelle un seul parent assume la charge quotidienne de l’enfant.
    ➡️ Juridiquement, la monoparentalité n’est pas une forme de filiation particulière mais une situation familiale reconnue par les politiques publiques : un parent assume seul l’essentiel des responsabilités éducatives, financières et organisationnelles.

Un phénomène en hausse

Les familles monoparentales représentent désormais plus d’un quart des familles françaises, contre 9,4 % en 1975. Dans 81 % des cas, il s’agit de mères seules, d’après l’INSEE. En effet, le nombre de ruptures conjugales a doublé depuis 20 ans, selon la DREES.

Un choc économique pour les femmes

Selon l’INSEE, une mère seule subit en moyenne une baisse de 20 % de son niveau de vie après une séparation, soit deux fois plus que les hommes.

Conséquences :

  • 20 % des mères seules sont des travailleuses pauvres,
  • malgré les aides, leurs enfants sont plus exposés à la pauvreté,
  • et plus souvent logés dans des conditions suroccupées.

Certaines femmes préfèrent taire leur situation familiale par crainte d’être perçues comme moins disponibles ou moins organisées. En effet, lorsqu’un enfant tombe malade ou que l’école ferme, c’est généralement la mère seule qui doit assumer l’imprévu, ce qui peut être perçu comme une contrainte dans le cadre professionnel2.

Pour autant, ces mêmes mères sont plus « fiables » au sein de l’organisation et démissionnent moins, étant la seule source de revenu du foyer. Ce qui a d’ailleurs un impact sur l’évolution de la carrière et l’épanouissement du parent solo qui n’a pas la même flexibilité qu’un couple parent.

À Saint‑Étienne, où 20,4 % des familles sont monoparentales, ces données prennent une ampleur particulière.

Le non-recours aux droits

Les études montrent que :

  • les bénéficiaires potentiels connaissent davantage les dispositifs que ceux qui n’y sont pas éligibles ;
  • les femmes ont, en moyenne, une meilleure connaissance des prestations que les hommes ;
  • mais le manque d’information reste la première cause de non‑recours, surtout :
    • dans les zones rurales,
    • et dans les grandes villes de plus de 100 000 habitants comme Saint‑Étienne.

Certaines caractéristiques renforcent ce risque :

  • isolement,
  • absence de diplôme,
  • faible insertion professionnelle,

 

Chez Geoptis, nous avons créé cet indicateur du risque de non-recours aux droits à l’échelle de l’iris.

Adossé à d’autres données telles que le taux de pauvreté des femmes, les niveaux de revenus, le niveau de diplôme, etc. la collectivité ou l’association peut cibler les zones où mener des actions en priorité.

 

Le Guide Monoparentalité 2023 rappelle que nombre de femmes seules :

  • connaissent difficilement l’ensemble de leurs droits,
  • peinent à naviguer dans le système socio‑fiscal,
  • vivent dans des territoires où l’accès à l’information est inégal.

Il s’agit donc d’un levier d’action majeur pour les collectivités.

La précarité liée à la monoparentalité ne peut être traitée uniquement par des dispositifs nationaux : elle se manifeste de façon très localisée.

Grâce à l’ABS et aux capacités d’analyse territoriale :

  • il est possible d’identifier les IRIS où résident les personnes les plus fragiles,
  • de repérer les zones où le non‑recours aux droits est le plus élevé,
  • de localiser l’offre de logements sociaux, d’associations et d’hébergements d’urgence.

Ces analyses permettent aux collectivités de cibler leurs interventions :

  • soutien à la parentalité,
  • dispositifs de logement,
  • accompagnement à la formation et l’emploi.

Profil socio-démographique et fragilités des femmes à Saint‑Étienne

Avec plus de 170 000 habitants, la commune de Saint‑Étienne compte une population majoritairement féminine : 89 919 femmes, soit 52,1 % de la population totale.

La répartition des femmes par tranche d’âge au sein de la commune de Saint‑Étienne fait apparaître une structure démographique relativement équilibrée. Les groupes 0‑14 ans et 15‑29 ans occupent une place comparable à celles des tranches intermédiaires, témoignant d’une présence notable des jeunes filles et jeunes adultes dans la commune. Les classes d’âge 30‑44 ans et 45‑59 ans semblent légèrement moins représentées, ce qui peut s’expliquer par des phénomènes migratoires internes ou par des dynamiques familiales propres au territoire (mobilité résidentielle, parcours professionnels, etc.).

Les tranches supérieures, notamment 60‑74 ans et 75 ans ou plus, apparaissent comme des composantes importantes de la population féminine, ce qui confirme la tendance au vieillissement démographique déjà observée dans de nombreuses communes à l’échelle nationale.

Cette légère surreprésentation des classes d’âge avancées, constitue un enjeu majeur pour les politiques locales en matière de santé, de services sociaux et de solidarité.

Le revenu médian par unité de consommation (UC) atteint 19 010 euros (NG)* dans la commune, un niveau inférieur à la moyenne nationale, fixée à 21 120 euros (NG). Cette situation s’inscrit dans un contexte où les femmes disposent, en moyenne, de revenus plus faibles et assument plus fréquemment la charge quotidienne des enfants. À cela s’ajoute le phénomène de monoparentalité, particulièrement marqué à Saint‑Étienne, où 20,4 % des familles sont monoparentales (NG). Cette combinaison de facteurs contribue à renforcer la vulnérabilité économique d’une partie des ménages féminins.

À l’échelle nationale, environ 250 000 couples se séparent chaque année, et dans la grande majorité des situations, les enfants résident principalement chez leur mère. Pour accompagner ces femmes qui se retrouvent seules avec leurs enfants, la ville de Saint‑Étienne s’appuie sur un tissu associatif dynamique : plusieurs structures d’aide et d’accompagnement ont vu le jour au cours des dernières années.

 

*(NG) : Non-genré. Cette donnée ne différencie pas le revenu pour un homme ou pour une femme.

En conclusion

La précarité et la monoparentalité sont des réalités ancrées dans les territoires, avec des conséquences concrètes sur la vie des femmes, de leurs enfants et sur l’équilibre social local. Les données exposées dans cet article montrent combien les facteurs démographiques, économiques et familiaux s’entrecroisent pour créer – ou renforcer – des situations de vulnérabilité.

Pour les collectivités, l’enjeu n’est plus seulement de comprendre, mais d’identifier précisément où agir et avec quels leviers. C’est tout l’intérêt d’une Analyse des Besoins Sociaux (ABS) : passer d’un diagnostic global à une vision fine, géolocalisée et exploitable des réalités sociales.

Sources :

1 https://solidarites.gouv.fr/sites/solidarite/files/2025-08/Livret-Familles-monoparentales-et-pauvrete-2025.pdf

2 https://www.egalite-femmes-hommes.gouv.fr/sites/efh/files/2025-02/Guidemonoparentalite2023.pdf

Retrouvez toutes nos actualités